La success story de la 4L

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Afghanistan en 4L en 1976 @ Vincent Perrot

” Pendant plus de deux décennies, la 4L incarne la France, celle de la fonction publique que l’on renverse sur les boulevards pour former une barricade, mais elle devient aussi la voiture des tractages devant les usines perdues au fond de la banlieue, le véhicule de la liberté, celle des occupants du Larzac et des hivers en Ardèche. […] Surtout, en devenant la voiture des contestataires, de nouvelles fonctionnalités sont inventées. Le toit décapotable permet de transformer l’auto en tribune mobile, où un militant se tient debout avec un mégaphone. Surtout, chacun s’approprie sa 4L : certains la peignent avec des fleurs ou des couleurs de l’arc-en-ciel, d’autres la couvrent de lignes noires semblablent à celles du zèbre. D’une mécanique rudimentaire, on la répare, l’arrange facilement. Objet de consommation, la 4L est retournée et devient même parfois outil de contestation. Sa fameuse cinquième porte est ainsi progressivement constituée en lieu d’inscription des engagements de son conducteur : autocollants des groupes indépendantistes régionaux, de défense de la langue d’oc ou des enfants de la Terre. Elle fait discours là où elle passe et là où on la gare. ” Philippe Artières

- 68, une histoire collective [1962-1981] (page 685) -

Les Choses - Georges Perec

68, une histoire collective est composé de quatre grandes parties comportant chacune sept rubriques.
L’ouverture de chacune des parties est rédigée par Philippe Artières, codirecteur de l’ouvrage, et prend un objet comme symbole de l’époque. Pour la période 1962-1968, c’est le roman  Les Choses de Georges Perec qui a été choisi.

« Autant par les vertues du bouche à oreille que par celle du prix Renaudot, Les Choses, bref premier roman d’un auteur inconnu, obtient un succès imprévisible. Est-ce en raison de son sous-titre attirant, Une histoire des années soixante ? Son faible ressort dramatique a beau décevoir les lecteurs traditionalistes, il a un effet de miroir pour tout un lectorat qui se reconnaît dans sa thématique. Il devient vite le livre qui consonne avec le tournant des année 1960. » (page 62)

« Ce sont ces faits sans prestige, façons d’habiter, de consommer, de vivre loisirs et travail, qui forment un des substrats des Choses - comme sa nouveauté littéraire. Ce sont eux aussi qui ont fait le terreau de 68, c’est là que ce sont produits les changements décisifs de l’après-mai. » (page 66)

Interview de Georges Perec :


On en parle dans le presse - Le Monde

“ La principale qualité du livre réside d’ailleurs dans son économie générale qui joue sur les changements d’échelle en maintenant l’équilibre entre de nostalgiques retours sur quelques objets cultes (de la guitare à la ” 4L “), de solides synthèses sur des sujets attendus (les gauchismes, la montée du féminisme, l’antipsychiatrie, la grève des Lip), d’utiles échappées hors des frontières hexagonales (sur les traces des “provos ” néerlandais, des ” nègres blancs ” québécois ou de la Zengakuren japonaise) et, enfin, des contributions plus originales. En dépit de leur  hétérogénéité - on y trouve ausi bien une étude sur les relatiosn entre les habitants du bidonville et les étudiants de Nanterre qu’une analyse du fonds photographique des correspondants bénévoles de L’Humanité -, ces articles reflètent les lignes de force de l’historiographie actuelle, qui se caractérise à la fois par un regain d’intérêt pour l’histoire des sans-voix et par la rédécouverte des mobilisations régionalistes, écologistes et intellectuelles des années 1970. ”

- Le Monde (21/03/08)  -